Mennour Emergence #3

Arcadie

SILA CANDANSAYAR, MARIAMA CONTEH, CLÉOPATRA GONES, ANNA KERESZTY, PAPIYON, APOLLINE REGENT

16 avr. - 31 mai 2026

Mennour, 5 rue du Pont de Lodi

Un projet initié par Jessy Mansuy, directrice générale de Mennour,
et curaté par Christian Alandete, directeur scientifique de Mennour


Aujourd'hui, l'Arcadie n'est plus ce lieu stable et ordonné, mais un monde traversé par des forces contradictoires. D'un côté, un lieu de réparation, où se réinventent des formes de communauté et de relation au vivant. De l'autre, un territoire où s'impose une conscience historique aiguë ; le produit d'un récit, souvent construit au prix d'oublis ou d'exclusions qu'il convient de réparer.

 

Cette troisième édition de Mennour Emergence réunit des artistes récemment diplômé es de l'Ecole des Arts Décoratifs - PSL, de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et de l'École Nationale Supérieure d'Arts de Paris-Cergy. lels ont été invités à produire des œuvres inédites, présentées ici pour la première fois; pour certaines dans la continuité de celles réalisées pour leurs diplômes, pour d'autres empruntant deja de nouvelles directions.

 

Longtemps, l'Arcadie a désigné un territoire de projection : un ailleurs pastoral idéalisé, où l'harmonie entre les êtres et la nature semblait pouvoir s'éprouver sans heurt. Depuis le poète Virgile (70-19 av. JC), elle s'est constituée comme un motif persistant de l'histoire de l'art occidental - celui d'un paradis possible, mais déjà menacé par sa propre fiction.

Des perruches à colliers - retournées à l'état sauvage après leur évasion dans les années 1970 et 1990 - ont récemment colonisé Paris en s'acclimatant à leur nouveau territoire. Croisant les photos prises de sa fenêtre et des images d'archives, Anna Kereszty soulève la permanence du goût pour la domestication des animaux exotiques au prix de leur liberté.

papiyon a grandi en Guyane, un lieu à la fois chargé d’une histoire de la répression (des bagnards et des esclaves en passant par les populations autochtones) mais aussi de leurs affranchissements. Son nom d’artiste faisant référence à l’album de Kendrick Lamar intitulé ‘To Pimp a Butterfly’, li développe une pratique chrysalide rendant hommage à des figures des Antilles dans des masques composites qui renvoient au principe de Créolisation cher à Édouard Glissant. 

Chez Cléopatra Gones, c'est une autre histoire des corps qui se dessine à partir des cheveux, un attribut de la féminité et de la beauté, pris à la fois comme stratégie d'intégration et de résistance par les femmes noires et les corps queers. Les plaques d'extensions deviennent le support d'une histoire de la ségrégation, de la mysoginoir et des imaginaires.

Mariama Conteh croise les archives de sa famille originaire de Sierra Leone avec celles de la musique d'artistes afrodescendantes pour retracer des récits alternatifs et intimes. À regarder ses peintures, on ne saurait dire si elle invoque une histoire passée ou contemporaine.

Les sculptures de Sila Candansayar se déploient dans l'espace, à la fois organiques et biomorphiques, évoquant une présence sans jamais la figurer.

Apolline Regent, enfin, vient amener humour et dérision à une peinture qui se prendrait trop au sérieux. Jouant avec le langage et l'imagerie populaire de ses vaches folles, elle distille une critique qui n'en a pas l'air et nous interroge : how many balls will it take?

 

— Christian Alandete