Zoé Bernardi
Camouflages - Zoé, 2026
Œuvre
Zoé Bernardi
Camouflages - Zoé, 2026
Étagère avec 16 photos sur panneau de verre insérées / Shelf with 16 photos on a glass panel
Chaque image / Each image: 13 x 10 cm Étagère / Shelf : 120 x 20 x 2 cm
Prix sur demande
Un beau visage, écrit La Bruyère, est le plus beau des spectacles. Et justement, qu’est-ce qu’un beau visage ? La série photographique que je vous soumets, Camouflages, est une réflexion sur ce qui fait un visage, et invite à se plonger dans les méandres de l’identité féminine.
Ce projet est né d’un souvenir d’enfance : à mes huit ans, je décidais de me couper les cheveux courts, et on commençait à me qualifier de «garçon manqué». Cette appellation ne m’a jamais vraiment quittée : elle m’est à la fois familière et réconfortante, concomitante à la joie de me libérer de ma chevelure, mais n’a à la fois jamais cessé de m’interroger. Une question me taraudait : qu’est-ce que j’avais bien pu manquer, si jeune ? Était-ce la féminité, que j’avais manquée, ou la masculinité, ou bien les deux ? En grandissant, la question muta. À quoi cela tient-il, de ressembler à une fille, à un garçon ? Pourquoi un visage nous paraîtra plus ou moins louche, ou à l’inverse familier ? Qu’est-ce qui, sur nos visages, fait signe ? À mesure que maturaient ces questionnements, je réalisais toutes les couches identitaires qui nous constituaient et qui nous recouvraient.
J’ai donc décidé de me soumettre à une expérience : faire des autoportraits à la chambre, et faire varier sur mon visage toute une panoplie d’accessoires, tour à tour connotés masculins, féminins, louches, familiers... le choix de l’autoportrait s’est imposé à moi, dans une démarche de dépouillement : essayer de se délester de toutes les couches pour n’en choisir qu’une à la fois. J’ai appliqué l’exercice à ma mère et ma grand-mère, toutes deux aussi polymorphes, insaisissable.
Tout le procédé est analogique et artisanal, de la production des plaques de verre photosensibles à la prise de vue et leur développement. Tandis que la chambre grand format m’imposait un protocole contraignant, nécessitant beaucoup de lumière dû à la surface peu sensible, le développement et toutes les étapes intermédiaires injectaient une part d’indiscipline et d’incertitude, produisant une tension au sein même du processus de création. Le choix du support en verre s’est lui aussi imposé dans un souci de plasticité : je voulais que les personas se superposent et se mélangent, rendant leur lisibilité laborieuse et que sans cesse elles échappent au regard. De plus, le verre contient une certaine fragililité, et il me tenait à coeur de donner à sentir la vulnérabilité qu’exige l’autoportrait. Car le propos de cette pièce est de revendiquer que, sous les couches culturelles de l’identité qui parfois peuvent étouffer, l’individualité est polymorphe et fondamentalement libre. Le visage ne saurait être réifié en masque, et sans cesse se transforme, car le visage est une adresse à l’autre.
Ici, l’identité devient fauteur de trouble, la succession de visages brouille les pistes, pour toujours n’avancer qu’à la «proue de soi-même» (Claude Cahun, Aveux non avenus).

Zoé Bernardi
Née en 2000 à Paris, France
Vit et travaille à Paris, France




































