Zoé Bernardi
I wanna be loved by you
10 juin - 25 juil. 2026
Mennour, 5 rue du Pont de Lodi

L’exposition « I wanna be loved by you » de Zoé Bernardi explore la manière dont la féminité se construit, se transmet et se transforme à travers les images.
Le titre, emprunté à Marilyn Monroe, ouvre d’emblée une tension forte : celle d’une féminité à la fois désirée, fabriquée et projetée. Comment se construire en tant que femme à travers des images qui nous précèdent, nous traversent et parfois nous assignent ? Tout commence avec Marilyn Monroe. Une image découverte dans l’enfance, à la télévision, qui produit un trouble immédiat : fascination, distance, impossibilité de coïncider. Marilyn devient alors bien plus qu’une icône du cinéma hollywoodien. Elle agit comme une matrice de la féminité, un modèle industriel, reproductible, multiplié à l’infini. Une image qui circule, se répète, se déforme, et à partir de laquelle vont naître d’autres figures.
L’exposition s’ouvre sur un geste d’incarnation : un autoportrait dans lequel l’artiste se grime en Marilyn Monroe. Ce geste engage un déplacement : celui d’un corps qui se confronte à une image déjà constituée, archétype de la féminité. Réalisée en photo-gravure et composée de plusieurs panneaux assemblés, l’image joue du trouble entre apparition de l’icône et présence de l’artiste. À ses côtés, des photographies d’adolescence rappellent combien cette histoire, celle de la construction de soi, est façonnée et alimentée très tôt par les images et les représentations du féminin.
À partir de ce constat, l’exposition se déploie comme une déambulation entre plusieurs incarnations de la féminité.
Les blondes d’Hollywood d’abord, ces actrices issues du système des studios américains de l’après-Marilyn, que l’industrie cherche à reproduire selon un même modèle de femme glamour, blonde, spectaculaire et interchangeable qui ont été ensuite absorbées puis effacées par ce même système. Certaines furent célébrées, d’autres oubliées, toutes confrontées à la violence d’un système qui les a objectifiées et considérées comme des modèles duplicables. À travers des photogravures réalisées à partir d’archives, Zoé Bernardi réactive leurs présences et leur redonne puissance. En superposant des images de leur jeunesse à des images d’elles dans leur vieillesse, elle fait apparaître des figures mouvantes, traversées par le temps. Les visages se dédoublent, se troublent, résistent à la fixité de l’icône. Elles deviennent chimères. Derrière le mythe réapparaissent des trajectoires singulières, des femmes qui continuent d’exister malgré les récits qui ont tenté de les réduire à une image.
Vient ensuite la série des Divas, née d’une immersion prolongée auprès d’une communauté de femmes trans et travesties. Ici, la féminité est abordée comme un langage : un ensemble de signes — maquillage, talons, artifices — non pas subis, mais rejoués, intensifiés, réappropriés. Ces codes stéréotypés deviennent des outils de fabrication de soi. Ils renvoient à une force d’expression, à une capacité à produire sa propre image. La féminité est alors revendiquée comme une force active : les Divas incarnent à leur manière l’image classique de l’éternel féminin dans un acte de réinvention personnelle.
Le parcours revient ensuite vers un territoire plus intime avec les portraits de la grand-mère, de la mère et de l’artiste elle-même. Face aux modèles glamour d’Hollywood, ces figures familiales incarnent une autre généalogie. Leur féminité se situe à contre-courant des représentations dominantes : plus rugueuse, plus libre, plus punk. Pourtant, elles occupent dans l’exposition une place tout aussi mythologique. Elles sont ici des figures de projection et de transmission. Car l’une des questions qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Zoé Bernardi est celle de la matrice : ce qui produit les images, ce qui les reproduit, mais aussi ce qui se transmet d’une génération à l’autre.
Cette réflexion trouve son prolongement dans Camouflages, série réalisée à partir de plaques de verre photographiques figurant l’artiste, sa mère et sa grand-mère. Chaque image repose sur un léger déplacement : un accessoire, un attribut, un détail suffisent à troubler la lecture du visage. Les identités deviennent instables, les signes de genre circulent d’une figure à l’autre, tandis que les reflets et la transparence du verre empêchent toute saisie définitive. Les corps apparaissent comme des constructions mouvantes, irréductibles aux catégories qui cherchent à les fixer. Toutes interrogent la même chose : ce que signifie habiter une féminité. Non pas comme une essence, mais comme un espace à occuper, instable, parfois contraignant, parfois libérateur, toujours traversé de tensions.
Avec « I wanna be loved by you », Zoé Bernardi ne cherche pas à définir la féminité, mais à en suivre les circulations et les métamorphoses à travers les images, et à en exposer les puissances de transformation. De Marilyn Monroe aux figures familiales, des icônes hollywoodiennes aux images plus intimes, l’exposition compose un espace que l’artiste construit comme un champ de résonances, où le sujet féminin se forme dans le mouvement même de ses représentations. Marilyn apparaît comme une matrice : une image fondatrice que Zoé Bernardi réactive, déplace et recompose, et à partir de laquelle d’autres figures prennent forme. Dans ce flux orchestré par l’artiste, les images ne se figent jamais tout à fait. Elles se répondent, se traversent, s’effacent et réapparaissent. L’icône elle-même se défait comme forme stable pour devenir une présence en circulation. Ici, la féminité se construit dans la manière dont elle se rejoue, se transmet et continue à travers les images, d’exister autrement.
— Marilou Thirache

Zoé Bernardi
Née en 2000 à Paris, France
Vit et travaille à Paris, France
















































































