David Hominal

PRICELESS / MASTERCARD

12 déc. 2019 - 25 janv. 2020

La peinture est d’abord la matière liquide, aqueuse qui vient lier les divers champs d’exercice de David Hominal : la performance, la vidéo, la danse, la sculpture. C’est l’endroit où il met tout à plat, ordonne, trie, synthétise, mais c’est aussi l’endroit où il recouvre, un territoire complexe d’inhibitions. Hantée par les grandes questions historiques de la représentation, sa peinture est en effet inquiète, fébrile parfois. Elle déploie une présence puissante, parcourt toutes les grandes traditions, de la nature morte à l’abstraction, sans jamais les réconcilier bien sûr.

Récemment, ce furent les tournesols, les ananas, les oignons, puis les visages qui sont apparus à la surface des tableaux de l’artiste. Dans ces nouveaux travaux présentés à la galerie kamel mennour à Londres, ce sont les mains jointes qui émergent de la peinture. Comme dans sa précédente série des masques, l’intérêt de l’artiste pour l’image balaie largement les régimes visuels, mais aussi de communication et de diffusion. De la tradition religieuse aux émoticônes, ces totems renvoient à une sur-présence émotive de l’image. Ce sont autant Les mains en prière d’Albrecht Dürer que celles que nous ajoutons à la fin de nos textos pour dire « stp » ou « merci », tout ça dans une merveilleuse gymnastique entre inactualité et sur-actualité qui traverse d’ailleurs tout le travail de l’artiste.

C’est aussi une des premières séries «presque» figuratives de DavidHominal. Et le « presque » ici est important puisqu’il est synonyme de résistance. Si les mains sont le symbole du recueillement, la peinture et l’artiste n’en font pas pour autant la paix. C’est le faire qui l’intéresse finalement, le geste de peindre, à l’échelle historique, comme une grande répétition, à l’échelle intime, comme une obsession. Reprendre, séquencer, ritualiser. NISSAN, GAZPROM, RESPECT, NO SUGAR, PRICELESS, MASTERCARD... sont des impressions visuelles, des images furtives qui nous imprègnent quand on regarde par exemple le sport sur nos écrans. Le titre de l’exposition agit ainsi envers son contenu comme une interférence. Comme une musique qui nous revient sans cesse en tête, ces messages tournent en boucle. Les mains jointes sont des archétypes, des images universelles. Ce sont d’elles que l’artiste se met en quête ici. Pur syncrétisme culturel, pure incarnation de la représentation, pure contradiction. PRICELESS / MASTERCARD.

— Elisa Rigoulet