François Morellet

Géométrie dans les spasmes

Commissariat par Christian Alandete

9 avr. - 30 mai 2026

Mennour, 6 rue du Pont de Lodi

Vue de l’installation de l’exposition MORELLET « la géométrie dans les spasmes », Le Consortium, Centre d’Art Contemporain, Dijon, 1986 @ Archives François Morellet

 

Chez François Morellet, la géométrie n’est jamais froide : elle vibre, se tend, se dérègl

Sous la neutralité du système, un humour licencieux fait vaciller les lignes et les formes quand les toiles miment des positions du Kama Sutra. Avec Géométrie dans les spasmes, l’artiste introduit l’érotisme dans la rigueur du concret et dresse un inventaire des postures sexuelles à l’aide de formes simples : rectangles et carrés. Il détourne le vocabulaire austère de l’abstraction systématique en lui insufflant une dimension volontairement irrévérencieuse. Derrière les grands monochromes blancs, «  les figures géométriques se trouvent défigurées par la figuration anthropomorphe tendance pornographique » comme Morellet l’écrit à l’époque.

En jouant avec les éléments fondamentaux du vocabulaire de l’abstraction, ses compositions deviennent les acteurs d’une chorégraphie ambiguë. La géométrie semble soudain animée d’une tension corporelle : les formes se croisent, s’imbriquent ou se chevauchent, À la missionnaire, En 69, Par derrière ou En levrette, évoquant moins la perfection mathématique que le mouvement du désir. La grille, longtemps symbole d’ordre et de rationalité dans l’abstraction moderne, se transforme ici en théâtre discret d’une énergie charnelle, quand l’artiste utilise des éléments de son anatomie pour former des lignes et des carrés. Ces Figures hâtives empruntent avec humour aux anthropométries d’Yves Klein défigurant cette fois «  les empreintes figuratives » par « les figures géométriques qu’elles créent ».

Présentée pour la première fois au Consortium à Dijon en 1986, puis à la Galerie Facchetti à New York l’année suivante, la série d’œuvres monumentales, qui donne son titre à l’exposition, intervient à un moment charnière de sa carrière : celui de sa reconnaissance institutionnelle, marquée par une rétrospective du Musée national d’art moderne - Centre Pompidou. En réponse à cette consécration, Morellet joue la provocation — comme pour rappeler qu’il reste « le fils monstrueux de Mondrian et de Picabia », ce dernier empruntant ses modèles dans les revues érotiques et pornographiques des années 1930.


Après l’abstraction lyrique, géométrique, concrète, optique et cinétique, Morellet inventait l’abstraction classée X. 

 

— Christian Alandete, commissaire de l'exposition