David Hominal

Par cœur

3 sept. - 10 oct. 2026

Mennour, 47 rue Saint-André-des-Arts

Le vernissage aura lieu le jeudi 3 septembre 2026 de 18h à 20h

Mennour a le plaisir de présenter « Par cœur », la première exposition personnelle consacrée au motif du cœur de l’artiste suisse David Hominal. Peintes en 2026, ces huiles sur toile prolongent une longue complicité avec la galerie et témoignent d’une fascination renouvelée.

Au centre de l’exposition, une série de sept toiles installées côte à côte. Chacune porte un grand cœur, tandis que des fragments découpés apparaissent sur les bords. Lorsque deux toiles se rejoignent, ces fragments s’alignent pour former un autre cœur, entier. David Hominal a peint l’ensemble d’un même mouvement, passant d’une surface à l’autre pour créer un champ continu. Chaque toile tient pourtant seule et peut se lire comme une œuvre à part entière, quand bien même sa composition déborde son propre cadre. Cette structure donne à l’image un rôle matériel : relier des éléments distincts plutôt que de se suffire à elle-même. Vues en rangée, les toiles instaurent un rythme commun ; séparées, elles gardent la trace d’une réunion possible. On y reconnaît une tension propre aux relations humaines : le désir d’appartenir sans renoncer à son autonomie. La série est née d’un geste pratique. Pour un projet antérieur, David Hominal devait adapter au format A4 deux dessins conçus en A5. Il découpe les feuilles en morceaux, en forme de cœur, puis les assemble en une seule page. Un ami lui demande alors s’il ne pourrait pas développer l’idée à plus grande échelle. Faute de réponse sur le moment, la question reste en suspens — et finit, lentement, par inspirer les peintures aujourd’hui exposées.

Le titre « Par cœur » se prête à plusieurs lectures. Il évoque d’abord un apprentissage ancré dans la mémoire et le savoir du corps. Pour David Hominal, il s’agit moins de s’appuyer sur une analyse consciente que de laisser le geste s’exprimer d’instinct. Quelque chose de ludique s’y glisse, qui rappelle les exercices de l’enfance et l’effort qu’exige la mémorisation d’une leçon. Une deuxième lecture touche à l’auctorialité de l’œuvre. Comme le nom de l’auteur imprimé sur un livre, « par cœur » fonctionne comme une signature ; ici, pourtant, elle n’appartient pas à une personne, mais à un symbole. L’émotion est palpable, mais aucun individu n’est nommé. Au fil des siècles, le cœur s’est assorti d’associations, des manuscrits médiévaux à la culture graphique contemporaine. L’artiste a puisé son inspiration dans les tissus à motifs comme dans l’attention soutenue que Jim Dine porte à son contour. Il chérissait un numéro de la revue moderniste Verve, dont Henri Matisse signait la couverture, ainsi que des illustrations de cœurs ailés. Aujourd’hui, l’émoji a réintroduit cet emblème séculaire dans le langage quotidien, des échanges personnels à la communication publique.

David Hominal recourait déjà au cœur de façon informelle, envoyant à ses proches de petits dessins sur toile en guise de cartes de vœux. Leur immédiateté lui plaisait. L’icône peut être audacieuse ou kitsch, douce ou dérangeante. Dans une époque mondiale difficile, choisir un symbole aussi universellement compris lui semblait un geste généreux et nécessaire : il dit la bienveillance tout en laissant affleurer des nuances plus sombres.

 

En avril 2026, David Hominal a présenté la série dans l’intimité de son atelier berlinois. En préparant l’invitation, il a relevé une curieuse coïncidence : l’atelier se trouve dans la Herzbergstraße, la « rue de la montagne du cœur » ; un signe qui conforte l’impression que ce thème l’accompagnait depuis longtemps, à travers ses souvenirs et des rencontres fortuites. L’exposition marquait aussi un adieu : il quittera son atelier peu avant le vernissage parisien, ce qui fait de « Par cœur » une œuvre de transition. L’ensemble conserve l’énergie de ses origines tout en s’inscrivant dans un contexte nouveau. La méthode de David Hominal est très physique. Il n’est pas toujours facile de se lancer ; aussi s’appuie-t-il sur la répétition pour vaincre cette résistance. À mesure que le geste s’amplifie, la contrainte cède la place à la liberté. En peinture, le mouvement devient régulier, presque thérapeutique, et la variation naît de légers glissements plutôt que de décisions radicales.

Une logique voisine sous-tendait Hominal / Hominal (2023), collaboration avec sa sœur, la chorégraphe et danseuse Marie-Caroline Hominal. Chargé de la scénographie, il imagine un décor immersif, aux murs et au sol monochromes. Le projet mêle performance et arts visuels, effaçant toute attribution individuelle sous un nom collectif. « Par cœur » reprend ce principe autrement : plusieurs œuvres y coexistent sans jamais se confondre.

 

Tout au long de l’exposition, le cœur agit à la fois comme objet et comme signe peint. Sa familiarité le rend immédiatement reconnaissable, sans pour autant en fermer l’interprétation. L’ensemble aborde l’attachement dépouillé de toute sentimentalité, et la transformation silencieuse que rend possible la persévérance.

 

— Nicolas Vamvouklis