Yinka Shonibare

The Wind, the Earth and the Fire

13 oct. - 28 nov. 2026

Mennour, 5 rue du Pont de Lodi

Mennour est heureux de présenter la première exposition personnelle de Yinka Shonibare à Paris au 5 rue du Pont de Lodi. 

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Intitulée « The Wind, the Earth and the Fire », elle réunit plusieurs séries d’œuvres (quilts inédits, sculptures en textile et en bronze peint à la main) et confirme la place de cet artiste pluridisciplinaire parmi les voix majeures de la pensée postcoloniale et de l’hybridité dans l’art contemporain.

Né à Londres, Shonibare a grandi à Lagos, au Nigeria, et a toujours évolué entre des cultures distinctes, qu’il parvient d’une manière ou d’une autre à faire dialoguer. Pourtant, les études décoloniales ne cessent de le montrer : l’identité et le sentiment d’appartenance se construisent de manière bien plus complexe que ne le laissent supposer les seules archives nationales.

En retraçant l’histoire du wax hollandais, Shonibare en révèle toute l’épaisseur et montre l’impossibilité de qualifier un objet d’« authentique ». Issu des traditions textiles indonésiennes, où il était fabriqué à la main, ce tissu a été récupéré par les colons néerlandais, qui en ont lancé la production industrielle dans les années 1850. En Indonésie, il ne s’est pourtant jamais imposé, la clientèle boudant cette production européenne de moindre qualité. Il a en revanche trouvé un marché florissant le long des routes commerciales coloniales d’Afrique de l’Ouest. Adopté par les populations locales au lendemain des indépendances, dans les années 1960, il s’y est paré de couleurs et de motifs régionaux, avant d’intégrer les tenues traditionnelles.

 

Avec sa série « Wind Sculpture », Shonibare joue de la tension entre la pesanteur du métal et la légèreté de l’étoffe, et saisit le wax en mouvement, comme s’il ondulait au gré du vent. Ces œuvres évoquent aussi les traversées humaines, qu’elles soient dues au changement climatique, au commerce, aux conflits, à la précarité ou à la simple curiosité. Le souffle devient ici monument à la résilience, et une question demeure : le déplacement peut-il prendre une forme tangible ?

L’œuvre de Shonibare est traversée par une attention particulière à l’écologie, et plus précisément aux séquelles que l’exploitation coloniale a laissées sur les milieux naturels et les paysages. Transposant la peinture de paysage dans l’art du quilt-making, l’artiste représente dans ses « Nature Works » des scènes d’incendie d’une beauté saisissante, en apparence innocentes. Si mythes et religions ont longtemps associé le feu au renouveau et à la croissance, l’histoire récente en a fait une force destructrice, conséquence tragique du réchauffement climatique et des conflits. Sous la douceur des tissus et la séduction de la palette, torchères et cultures marchandes témoignent des effets dévastateurs de l’industrialisation et de la colonisation occidentale. Ces activités prédatrices continuent de ravager le monde naturel, jetant littéralement de l’huile sur le feu.

 

Les œuvres textiles de Shonibare puisent dans divers courants du modernisme : les Arlequins de Pablo Picasso y côtoient les audaces chromatiques et les asymétries des quilts confectionnés par des collectifs afro-américains. La présence de masques ancestraux rappelle l’influence décisive des objets africains sur les artistes occidentaux, notamment Henri Matisse ou Amedeo Modigliani. Ces masques veillent sur des espèces menacées d’oiseaux, de singes et de fleurs du continent africain. À la fois célébration de la faune et de la flore locales, elles sont des appels pressants à les préserver de l’extinction. Ces œuvres sont empreintes de la nostalgie d’une époque où l’humanité respectait la biodiversité, et posent les jalons d’une société plus consciente et harmonieuse.

 

« The Wind, the Earth and the Fire » s’appuie sur l’ambivalence des images et des objets pour remettre en cause les récits univoques et dénoncer l’impact de la colonisation sur la nature et les peuples autochtones. Rappel sans détour de la crise mondiale des personnes réfugiées, Refugee Astronaut XII se dresse au fond de la galerie en guise de conclusion. Sa tenue évoque une exploitation coloniale qui se perpétue aujourd’hui encore. Paré à affronter les crises écologiques et humanitaires, ce messager hybride porte sur son dos tout ce qu’il possède, en quête d’une autre planète, plus sûre, où se poser.

 

— Megan Macnaughton